2 janv. 2009

Dévale mes mots, je t'en prie, continue de les emplir. Ils sont si bien dans ta présence, si naturels, si purs. Ils coulent encore et encore de mes lèvres, de mes yeux, jusqu'à mes mains. Ils ont cette chaleur irrépressible du besoin d'être dits, de la nécessité, du désir effréné de les jeter une fois de plus. Tu les connais si bien, maintenant, ces mots que je parsème un peu partout, sur la peau, dans les yeux, les jeux, les grilles, les pages. Des mots qui s'égrènent lentement dans ma tête à chaque minutes de nos vies qui s'entrecroisent. Des mots puissants, intenses. Ceux qui savent où ils vont, avec moi, en moi. Ceux qui disent: "Je crois en toi, prête-nous ta plume." Oh, comme ils viennent bien, comme ils sont tendres. C'est tellement simple de les faire parler de toi, ils aiment. Un jour, je leur ai dit: "Ecoutez. Il y a quelque chose en moi qui palpite, là, près du coeur. Parlez-en." Alors ils se sont jetés dans le vide, ont éclot en belles tâches d'encre sur la feuille vierge. Merveilleuse chute achevée par des phrases, petites phrases imparfaites mais si vraies, si intenses. Les emmêler pour le plaisir de les démêler.
Dans ces phrases, dans ces mots si sûrs d'eux qui coulent de mes doigts, il y a un excès de plus. Un excès de plus parmi les violences qui m'ont ravagées, avides de mon encre. Un excès de plus dans le désert de ma folie glorifié par la sottise du verbe. Un excès de plus, encore un. Je ne guérirai jamais de ça. Mais je ne veux pas guérir, tu sais, ça me va bien, moi de tout faire en trop, tout ressentir en trop, tout vivre en trop. Je m'y suis habituée, maintenant, à croire même que j'aime ça. Du trop et du trop plein, de l'explosion, une passion qui déborde. Boire jusqu'à la lie une coupe sucrée de violence. Cela ne me quittera pas, pas maintenant, plus maintenant...
V.