15 janv. 2009
Retrospection, introspection.
Risque d'être effacé bientôt.
Inintéressant. Juste par besoin.
Il y a cette question récurrente du "regarde-toi". Regarde ce que tu es devenue, ma pauvre. Regarde-toi encore, dis-moi si c'est bien toi qui est en face, si tu reconnais ces yeux, cette peau, cette bouche. Regarde, dis-moi si tu reconnais ce corps blessé, usé, ce corps qui se corsetait, s'harnachait, se découvrait. Regarde ce corps et dis-moi si c'est le tien, tu te souviens, celui que tu jetais en pâture aux autres en leur crachant à la figure. Celui qui tu leur balançais au visage en disant détestez-moi, vous autres imbéciles. Celui qui n'aimait pas laisser indifférent les promeneurs anonymes, les connaissances vagues, le monde, les inconnus. Ce foutu corps narcissique que tu jetais sur les planches avec l'assurance de celle qui sait qu'elle ne dépend pas d'eux. Ca te dégoûte de penser à ça, maintenant. Ca te dégoûte quand tu te regardes dans la glace et que tu ne voies qu'une gamine révoltée masquant tout son désir de provocation et de haine sous quelques couches de poudre et une façade de rouge à lèvres. Tu la regardes et tu as envie de la jeter par terre, la piétiner, la mépriser. Juste pour qu'elle réalise, juste pour qu'elle change. Pour qu'elle redevienne cette gamine arrogante qui n'avait pas peur de la scène, ni des autres, ni de personne. Tu l'aimais, hein, celle-là. Elle te donnait du plaisir quand elle se vendait à la foule, comme une bête de foire qui domptait les têtes avec sa passion et son insolence. Comme elle te manque, cette provocatrice qui ne respectait rien, guidée par la seule force d'une impulsion qui la dévorait. Comme elle te manque, cette enfant déchaînée qui voulait blesser, prendre au ventre, dompter, dominer, faire mal. Elle te rassurait, tellement... Regarde-toi bien, encore une fois. Et réponds. Qu'es-tu devenue, maintenant? Que dit-on de toi, à première vue? "Gentille". Ce n'est pas vraiment faux, certains savent bien comme tu es faible, incapable de haïr, de retenir les fautes, d'aimer moins. Certains savent bien cette fragilité écœurante qui te sert d'intérieur, cette mollesse détestable, foutue sensibilité. Mais pas la foule. La foule, elle t'appelait la folle, l'excentrique, elle voyait que tu étais la salope de service qui criait à gorge ouverte son mépris du monde. C'était comme ça qu'ils te connaissaient, les gens. Ils te voyaient puissante, ils te croyaient puissante. Tu te sentais puissante, toi aussi, quand tu te jetais devant eux avec cet abandon que tu connaissais bien. C'est bête, au fond. Ce qui te manque, ce n'est que cette sensation narcissique de puissance. Tu te sentais si forte...
Et maintenant, maintenant... Tu ne veux pas t'assagir, non, tu ne veux pas renoncer à toi. Il y a toujours sous ta peau ce désir de provoquer, d'exciter les haines, de blesser, de mordre. Il y a toujours cette putain de violence prête à tout dévaster sur son passage, ces sentiments effrénés, passions frénétiques, sourires triomphants, phrases tueuses. Il y a toujours ce désir d'être toi, d'être trop, et de ne plus le cacher, jamais. Et puis par dessus la peau: il y a cette timidité qui rejaillit dans chacun de tes membres, celle que tu avais passé des années à combattre. Cette putain de timidité de l'enfance, combattue et vaincue, piétinée, écrasée, déchiquetée en morceaux. Voilà qu'elle remonte dans tes veines, te paralyse, entrave toutes les paroles qui voudraient exploser hors de ta bouche. Timidité aussi emprisonnante que la pudeur. Quelque chose que tu avais banni, aussi, la pudeur. Te montrer, tu savais ce que c'était, et même, tu aimais ça. Et maintenant tu demandes qu'on éteigne la lumière, tu hésites, tu trembles. Et c'est toi, ça? Tu te reconnais?... Regarde-toi, ce même visage, ces mêmes yeux, cette même peau, cette même bouche. La même passion en toi, violence prête à jaillir, force qui implose. Qu'as-tu changé, qu'as-tu perdu?... Tu te regardes sous tous les angles, cherchant à retrouver celle de jadis, l'excentrique, tu te souviens, la folle qui se laissait aller, s'oubliait, s'abandonnait à l'instant et aux pages. Tu te regardes et tu lui cries de revenir. Tu la supplies. Tu murmures dans le noir Je ne veux pas me perdre moi-même...