Dans toutes les histoires, il y a cette fille timide du fond de la classe, un brin obscure et mystérieuse; qui enferme des secrets sous le rideau de ses cheveux. Elle est petite et brune, avec une une voix un peu grave, comme voilée par les années de ténèbres. Elle parle peu, seulement quand on l'interroge, et la plupart des gens s'en fichent. Mais le héros, bien sûr, comprend que quelque chose de beau se cache sous toute cette réserve et ce silence. Au début, il se heurte à une armure de glace. Puis, lentement, il parvient à en écarter les plaques, à en briser le heaume. Il l'ouvre avec douceur, jamais critique, jamais blessant; et de ses mains jaillissent des larmes d'abandon et de bonheur. Elle est heureuse, la fille du fond de la classe; elle est heureuse qu'on aie compris qu'elle valait quelque chose sans qu'elle aie à le crier, à jeter, à le hurler. C'est une belle histoire. Mais, quand le livre s'achève, la fille du fond de la classe sait que ça ne marchera pas en vrai. Elle sait qu'elle doit lutter, lutter encore, lutter pendant des jours interminables pour crucifier cette timidité qui lui dévore les côtes. Elle doit apprendre à ce qu'on la regarde, apprendre à en rire, et même à aimer ça. Elle doit y travailler longtemps, écorcher sa réserve, devenir folle, parler de rien. Elle réussit un moment, mais avec le temps, elle finit par oublier et chute, redevient rien, redevient faible... J'ai toujours cru qu'à ce moment là, le héros ne pouvait venir que dans les pages des livres. Mais C. m'a dit que non, et le sourire est apparu sous les cheveux à secrets...
V.
Photo par M.
Vastriel
Tous les textes, images et vidéos de ce blog sont de tous droits réservés. Il est formellement interdit de les utiliser,les reproduire ou les dupliquer, même partiellement.Merci.