Quand elle jette les cartes sur la table, c'est comme si cette sensualité cachée de femme timide s'envolait pour égayer les airs. C'est comme si la douleur ne la guidait plus, comme si la peur avait cessé son étreinte. Elle donne tous ses atouts, et soudain, ses blessures n'ont plus aucun sens. Elle caresse toutes les vieilles cicatrices comme des grimaces absurdes. Elle chante des refrains niais qu'on apprend aux enfants, puis fredonne un célèbre air d'opéra. Elle ouvre toutes les fenêtres, s'enroule dans les rideaux de voile blanc que le vent fait tournoyer. Elle court au jardin et cueille toutes les pâquerettes - elle qui n'aime pas les fleurs. Elle se sent si vivante qu'elle aime tout ce qui vit. Elle sauve la vie des araignées que le ménage rejette. Elle fait toutes ces choses futiles et inutiles que font les filles, toujours en chantonnant, comme si la joie ne pouvait jamais la quitter. Elle se laisse jeter fougueusement sur les draps. En ces instants, elle se sent si forte que rien ne pourrait la blesser. Elle n'a plus peur.
V.
Vastriel
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